LINGOLSHEIM, SON HISTOIRE

" Tous les peuples ont écrit leur histoire dès qu’ils ont pu écrire ".
Voltaire

L’histoire des habitants de Lingolsheim remonte à des milliers d'années, lorsque les premiers sédentaires, les Rubanées, s’établissent sur le site de la future commune. Population venue du Danube, la civilisation s’installe le long de la vallée du Rhin. Les colonisations successives de ces terres nous ont été révélées grâce à l’exploitation des sous-sols de la ville. Depuis, les archéologues ne cessent de découvrir des objets d'une richesse et d'une valeur inestimable sur la préhistoire.
La naissance de l’écriture bouleverse nos connaissances sur l’histoire en général mais aussi sur celle de la ville. Les sources et documents sur Lingolsheim restent cependant extrêmement rares jusqu’au XVIIIème siècle. Passé cette période, nos connaissances sont tributaires des aléas et vicissitudes de l’histoire. La ville, détruite à plusieurs reprises, nous dévoile cependant quelques moments glorieux de son histoire moyenâgeuse et moderne.
Les sources concernant le XXème siècle sont en revanche plus riches. Lingolsheim se développe, sa population, surnommée les " hase ", lièvres ou " sandhase ", lièvre de sables, ne cesse de s’accroître. Le village agricole se transforme en ville ouvrière. Aujourd’hui, le secteur des services a pris le pas sur l’industrie, mais la ville, forte de ses presque 17000 habitants, reste toujours aussi attractive.

Préhistoire

Le site préhistorique de Lingolsheim est d'une grande richesse. Les archéologues ont découvert de nombreuses nécropoles nous renseignant non seulement sur les rites funéraires, mais également sur les populations et leurs traditions. Toutes les périodes sont représentées : paléolithique, néolithique ou encore âge de bronze.
L’abondance des vestiges retrouvés entre 1910 et 1936 par l’archéologue Robert Forrer, ancien directeur du musée préhistorique et gallo-romain de Strasbourg, s’explique par l’exploitation des sous-sols par les nombreuses sablières de Lingolsheim et des environs.

Le néolithique

C’est le néolithique, période de l’âge de pierre caractérisée par la sédentarisation des hommes qui apparaît le plus riche. Les Rubanées, la plus ancienne civilisation d'Europe, se sont installés sur l’actuel territoire de la commune, entre 5200 et 4900 avant Jésus Christ. Issue de la vallée du Danube, cette civilisation a colonisé progressivement la vallée du Rhin et de la Moselle. Les Rubanées sont appelés ainsi en raison de leur céramique, caractérisée par un décor " en ruban " incisé sur la pâte avant la cuisson.
Enfin, la civilisation du Grossgartach (-3900 à –2700 avant notre ère), a laissé derrière elle quelques 42 inhumations et un riche mobilier funéraire et est à ce titre une des plus riche d'Alsace. Le mobilier est composé en grande partie de céramiques, de meules à broyer le grain, d'outils en silex et de bijoux.
Cette civilisation laisse sa place à la culture de Michelsberg (-3400 à – 2700 avant notre ère). De cette culture, les archéologues ont découvert deux sépultures. La découverte d'une fosse a également permis de mettre à jour un important mobilier, composé de céramiques, de morceaux de meules en grès ou encore de poinçons en os.
Enfin, une tombe a particulièrement attiré l’attention des archéologues de part sa rareté. Elle présente un homme au crâne trépané en deux endroits. Seuls deux crânes présentant des trépanations ont été retrouvés en Alsace. La première trépanation, qui aurait été pratiquée du vivant de l’homme, a particulièrement intéressé les archéologues qui continuent de s’interroger sur cette pratique : acte chirurgical ou talisman ?

L’âge de bronze

L’âge de bronze est quant à lui représenté par un cimetière de Champs d'Urnes daté d’environ 1000 avant JC (bronze final II). Avec 21 tombes mises à jour renfermant quelques 60 urnes, ce cimetière est un des plus riches d'Alsace à l’heure actuelle. Les cendres déposées dans une urne sont entourées de céramiques et d'objets personnels, caractéristique de cette période : épingles, rasoirs à manche ajouré, bracelets et anneaux. De la même époque date un fond de cabane. Urne biconique
L’avenir nous réservera peut-être d'autres surprises, les Sablières continuent d'exploiter le sable, et les archéologues, de fouiller.

L’Histoire

L’apparition de l’écriture clos cette période. L’Histoire commence. Les premiers siècles de l’histoire de Lingolsheim sont méconnus. Si le territoire de la ville fut effectivement occupé sous l’époque romaine, l’endroit se trouvant à la croisée de deux routes importantes, il ne reste de cette période qu’un fond de cabane gallo romain. Il faut donc attendre quelques siècles pour retrouver des indices sur l’occupation du sol par les Hommes.
Le Haut Moyen ge nous donne quelques indications. Un cimetière mérovingien, situé entre Geispolsheim et Lingolsheim, a livré huit tombes datant des 6ème et 7ème siècles après Jésus-Christ. Dans cinq d'entre elles, sépultures masculines, ont été découverts des armes. Les deux autres sépultures féminines ont livré une perle en verre multicolore.
Ce n’est qu’au Bas Moyen-ge, au XII° siècle, que le nom de la ville est mentionné pour la première fois sous le nom de Lingolsvesheim. La dénomination du village ne cesse d'évoluer à partir de ce moment. De Lingolsvisheim en passant par Lingolslzheim, il faut attendre 1620 pour lire le nom actuel de la ville : Lingolsheim.
Quelle que soit sa forme, le nom proviendrait de la désignation d’un avant-poste romain au 1er siècle avant Jésus-Christ, "Castium in Ligno". Ligno signifiant bois. D’autres y voient une origine toponymique. Ling- ou Lingo- ou encore Linko- serait alors le nom d’une famille. A partir du XIII siècle, Lingolsheim, propriété des Hohenstaufen, est placé sous la tutelle seigneuriale de la famille des Landsberg. La majeure partie des Lingolsheimois vit alors de l’agriculture. Du grain à l’élevage, en passant par la culture du chanvre, du lin ou encore du tabac, le village produit principalement pour sa propre subsistance et pour les marchés strasbourgeois.
Le Moyen-Age est une douloureuse période et explique le peu de traces retrouvées concernant cette époque. Le village fut victime de la guerre des paysans de 1525 et de deux incendies qui détruisirent tout sur leur passage, le premier en 1621 lors de la guerre de Trente Ans, le second lors de la bataille d’Entzheim en 1674. Ces catastrophes plongèrent la communauté dans la famine et la misère.

Jésus et ses deux larrons, 1435

Mais le village connut également son heure de gloire et ce à partir du XV° siècle. Lingolsheim fut en effet le lieu d’un pèlerinage, le Calvaire des Trois Croix érigé par le Seigneur des Landsberg, pèlerinage fréquenté jusqu’à la Reforme et qui ne reprit qu’après la Révolution Française.

De cette époque date la bi-confessionalité des habitants de Lingolsheim. En 1807, la commune comptait 14,5 % de catholiques, 13,5% de juifs et 70% de protestants. L’importance de la communauté israélite est également à souligner.

Le XX° siècle

Suite à la défaite de 1871, les Allemands annexent l’Alsace qui devient un Reichsland. Cette période est marquée par une modernisation rapide de la ville. Essor démographique, mutations économiques, urbanisation caractérisent cette période. L’arrivée du gaz en 1904 est suivie par celles de l’électricité en 1907 puis de l’eau courante en 1908. Le village est desservi par le tramway dès 1903.

Cette modernisation a en partie été rendue possible par l’installation à la fin du XIX° siècle des tanneurs Adler-Oppenheimer et le développement fulgurant de l’entreprise. Les nouveaux propriétaires sont à l’origine de la renommée de Lingolsheim. La ville devient "métropole du cuir". 2000 ouvriers sont employés par l’entreprise en 1914.

Vue aérienne des Tanneries de France avant la destruction partielle du site

Après la première guerre mondiale, l’Alsace est à nouveau française, les entreprises allemandes doivent quitter la région. C’est le cas des Adler-Oppenheimer. Les bâtiments sont repris par les Tanneries de France. Lingolsheim est marqué, comme toute l’Europe par des difficultés économiques importantes.

C’est également de cette époque que date le développement des sablières. Les sols de Lingolsheim, riche en sable rouge et blanc, sont exploités intensivement dès la fin du XIXème siècle. Les sablières, nombreuses, doivent répondre à la demande croissante de matière première, nécessaire à la construction de la ceinture fortifiée de Strasbourg en vue de la défense de la ville, mais nécessaire aussi à la construction de logements destinés à la population ouvrière attirée dans la commune par la présence des tanneries.

La guerre vient une fois de plus tout interrompre.

Sablières Schott
dans l’entre deux guerres

Si Lingolsheim fut peu touché pendant la guerre 14-18, il n’en fut pas de même lors du second conflit mondial. Les Tanneries, devant le danger imminent, sont évacuées à Rennes où elles resteront jusqu’à la fin des hostilités. Dans la nuit du 11 juin 1940, la ville est la proie de 200 obus allemands. 20 maisons sont détruites, 80 endommagées. Le 22 juin 1940, la France signe l’armistice, l’Alsace est de nouveau annexée. Lingolsheim, incorporé au Großstraßburg à l’automne 1940, perd son autonomie communale et, comme toutes les communes alsaciennes, subit le poids de l’annexion. Les bâtiments des Tanneries sont transformés en un important atelier de réparation de chars.
Après le bombardement du 6 décembre 1943, l’annonce du débarquement, le 6 juin 1944 raviva l’espoir de la population. Cependant, Lingolsheim fut à nouveau gravement éprouvé par le bombardement américain du 25 septembre 1944, visant les Tanneries de France. Près de 25 maisons furent détruites, une centaine endommagée, 70 personnes trouvèrent la mort. Libérée le 23 novembre par les troupes du Général Leclerc, la ville dut encore subir la violente offensive allemande, définitivement contrée par les forces alliées le 16 mars 1945 après trois mois de combats. Le 8 mai 1945, les cloches des deux églises de Lingolsheim annonçaient la fin de cette guerre. Incorporés dans l’armée française puis dans l’armée allemande, internés, déportés, transplantés, tués lors de bombardements civils, les Lingolsheimois ont payé un lourd tribut. Mais malgré ces dures épreuves, nombreux sont les Lingolsheimois qui n’ont jamais oublié

Maison bombardée rue du maréchal Foch

ce que signifiait la solidarité, l’entraide.
Plus de 50 ans après la fin du conflit, la commune est métamorphosée. Ses associations sportives et culturelles, son commerce et ses industries, sa population font de Lingolsheim une ville vivante. Sa population a plus que triplé. Sa situation géographique offre à la population les commodités de la ville mais surtout la proximité de la campagne. Forte d’environ 17000 habitants, elle est aujourd’hui la quatrième commune de la Communauté Urbaine de Strasbourg, à laquelle est intégrée depuis 1968.

 

Bibliographie

- HAEGEL Eugène, Geschichte von Lingolsheim, 1935
- RITT Albert, … ainsi vécut Lingolsheim, Edition Alsatia Colmar, 1982
- Mairie de Lingolsheim « Lingolsheim une histoire ». -Le Verger Editeur. -2002
- Associations de Recherches Médiévales, la chapelle de la Sainte Croix du cimetière de Saint Urbain, Reichstett, 1983
- Journal Municipal de Lingolsheim n°72
- Centenaire saint Jean-Baptiste 1900-2000, vie de la paroisse St Jean-Baptiste de Lingolsheim de 1900 à nos jours, 09/2000, Imprimerie de Lingolsheim.